mercredi 20 janvier 2010

Sale philanthropie!


''J'ai envie de faire quelque chose pour aider ces pauvres gens en Haïti. J'ai eu l'idée de faire un livre de cuisine, on pourrait demander à nos collègues de travail d'amener chacun une recette, et ensuite on pourrait vendre le recueil et envoyer les fonds à Haïti. Qu'est-ce que tu en dis?'' Ma supérieure me regardait avec un sourire, attendant ma réponse...

J'ai mis quelques secondes avant de dire quoi que ce soit. La première pensée qui m'est venue, c'est l'image de ces pauvres haïtiens prisonniers des décombres depuis des jours, affamés, blessés, entrain de prier très fort qu'on vienne les sortir de là. Ils ont besoin de secours rapides!

Je nous imaginais, prendre le temps de choisir des recettes, d'attendre que chacun amène la sienne, élaborer la mise en page, se disputer pour les couleurs et le genre de papier, organiser la levée de fonds, recueillir l'argent et s'informer sur les organismes qui recueillent les dons, etc... Pauvres haïtiens, ils ont le temps non seulement de mourir sous les décombres mais de se transformer en poussière le temps que notre argent leur serve...

''Oui, mais il faudrait que ça se fasse vite...''

Son sourire retomba. C'est bien moi ça! Toujours entrain de péter la bulle des autres. Pauvre elle, elle voulait bien faire, faire sa part en quelque sorte, pour aider ces pauvres gens, à sa manière... Oui c'est vrai, ce dont ces gens ont le plus besoin, c'est de secours immédiats. Mais pouvons-nous vraiment tous aller porter secours directement à ces gens? Ne serait-ce pas merveilleux? Si tous les gens de la planète se rendaient là pour les aider, immédiatement? Quel beau rêve! Mais on ne peut pas. On ne peut pas n'est-ce pas?... Mieux vaut poser un beau geste concret, comme confectionner et vendre un livre, qui en plus de nous enlever notre culpabilité, nous permettra de demeurer dans notre petit confort. Et quelle belle image ça ferait pour la compagnie!

''C'est une excellente idée. J'embarquerais là-dedans c'est certain''.

Oui, malgré tout je participerais. Parce que malgré tout ce qui me répugne dans cette histoire, il y a un bon fond. Il y a un désir d'aider. Je ne sauverai peut-être pas directement un haïtien, mais j'aurai au moins fait quelque chose pour améliorer, je l'espère, leur situation. Et faire quelque chose, c'est mille fois mieux que ne rien faire.

mercredi 13 janvier 2010

Dualité


Je suis célibataire depuis maintenant... combien de temps? Après réflexion je dirais environ entre 3 et 9 mois. Pourquoi est-ce si flou me demanderez-vous? Eh bien disons que la séparation ne s'est pas faite drastiquement. Après plus de 9 ans avec quelqu'un, c'est très difficile de couper les ponts totalement et tout d'un coup. Je dois avouer que c'est même plus difficile que je croyais. J'ai revu mon ex régulièrement dans les mois qui ont suivi LA discussion officielle de séparation, en avril dernier.


Bref, je n'avais pas revu mon ex depuis 3 mois lorsqu'il est passé cette semaine, chercher quelques lettres à son nom que j'ai reçues chez moi.


Ça n'a l'air de rien comme ça, 3 mois, mais en y pensant bien, je réalise que ça représente le plus long laps de temps passé sans le voir depuis les 10 dernières années!!! Ce n'est pas rien. D'ailleurs, j'ai vraiment pu vivre pleinement ma peine pendant ce laps de temps. Il fallait que j'arrête complètement de le voir pour pouvoir faire mon deuil (deuil ici sous-entend brailler comme un bébé en écoutant des chansons dans un appartement complètement bordélique!!!).

Nous avions somme toute un belle relation: simple, pleine de complicité. Mon ex était quelqu'un qui me complétait à merveille! Il était toujours de bonne humeur, me faisait rire, m'achetait souvent des fleurs pour aucune raison. Il me disait souvent que j'étais belle et était plein de petites attentions pour moi. Nous partageons et partagerons toujours 9 ans de souvenirs communs: notre premier emménagement en appartement, nos voyages, nos cours de danse,... sans parler de ces innombrables soirées avec des amis que nous avons maintenant en commun.


Je commence à peine à remonter la côte, alors j'avais un peu peur d'éclater en sanglots en le revoyant ce soir-là. Je commençais presque à me demander pourquoi je l'avais quitté. Je regardais songeuse les lettres qu'il venait chercher, elles traînaient sur ma commode depuis plusieurs semaine. Ça semblait être des lettres de la banque...


C'est à ce moment que la mémoire m'est revenue, si on peut dire. C'était au tour des mauvais souvenirs de refaire surface: les dettes, les chèques sans provisions, les mensonges, l'aide financière que je devais lui apporter constamment, les nuits blanches à m'inquiéter pendant qu'il allait jouer en cachette au casino, sans même répondre à mes appels... Peut-être finalement allais-je pleurer de rage lorsqu'il entrerait?


Je n'ai pas pleuré lorsque mon ex est revenu ce soir-là. Pour la première fois depuis notre séparation, je ne l'ai pas vu tout noir ou tout blanc. Je l'ai vu tel qu'il était: quelqu'un de profondément bon, mais de profondément malade à la fois. Il a bel et bien les deux côtés.


Vole de tes propres ailes maintenant mon amour, je n'ai plus la force de te porter. Et j'aimerais essayer de voler un peu plus haut à présent xxx

samedi 9 janvier 2010

Enterrement


C'est un mal de bloc assez intense qui le réveilla ce matin-là. Ou plutôt cet après-midi là. Il devait bien être au moins 13 heures maintenant. Il ouvrit un oeil et le referma aussitôt, la lumière intense de ce dimanche ensoleillé traversait la fenêtre et semblait le frapper directement dans le cerveau. Bon sang qu'il avait mal au crâne... et un goût de téquila dans la bouche aussi, accompagné d'une nausée de lendemain de veille... Il rouvrit très doucement les yeux et admira le plafond en ''stucco'' au-dessus de sa tête. Il mit un certain temps à se souvenir de l'endroit où il était, et des événements de la veille. Soudainement, il s'assit et repoussa violemment les couvertures, son coeur battant violemment dans sa tête meurtrie. La mémoire lui était revenue d'une frappe: c'était son enterrement de vie de garçon la veille, il était chez son ami Luc, et il avait... Non il ne pouvait pas avoir fait une telle chose!!! Il tourna la tête précipitamment vers la droite du lit. Vide. Personne. Avait-il rêvé? Malheureusement, la trace de mascara noire laissée sur l'oreiller blanc était là pour le narguer, et lui crier: ''Non tu n'as pas rêvé Christian, tu es bel et bien un salaud, tu as trompé la femme de ta vie juste avant votre mariage! Hahahahaha''. Christian prit sa tête dans ses mains et se frotta les yeux, essayant de se souvenir... Il était vraiment amoché la veille et la fin de la soirée était très floue dans sa mémoire. Tout ce dont il se souvenait c'était d'une strip-teaseuse masquée, avec une épaisse chevelure noire... et un string vert fluo...


Il se leva et s'habilla machinalement, le teint blaffard, se demandant comment il allait bien pouvoir annoncer ça à Kim. ''C'est la faute de Luc, il m'a forcé à avoir une relation avec cette pute!'' Non, il n'était quand-même pas pour impliquer son plus cher ami là-dedans en plus! Il était déjà un salaud, il n'allait pas devenir un double-salaud en mettant l'affaire sur le dos de son meilleur pote. Et pour qu'elle raison logique le forcerait-il à faire ça? ''Écoute chérie, j'étais saoul, je ne me souviens d'absolument rien!'' Mais non, s'il lui avouait tout, c'est qu'il se souvenait voyons! A moins que ce soit Luc qui lui aurait dit? ''Tu veux vraiment encore impliquer ton ami là-dedans espèce de double salaud???'' Lui criait la trace de mascara sur l'oreiller... Il marchait de long en large, la chemise ouverte, et commençait à avoir chaud, trop chaud. Il eut soudainement une forte nausée et courut aux toilettes.

Une fois le malaise passé, il s'effondra et s'appuya le dos sur la baignoire derrière lui. Puis, la réponse lui vint: simplement, il n'allait pas lui dire. C'était évident! C'était une erreur, Kim était la femme de sa vie, il allait l'épouser, il n'avait pas à lui faire part d'un événement anodin qui allait la blesser. Elle ne comprendrait pas. Et puis Luc allait le couvrir, il en était certain. Apaisé, content d'avoir trouvé une solution, il se leva, presqu'avec le sourire. La maison était déserte. Christian aurait voulu en parler avec Luc, mais tant pis. Au fond, il n'avait pas besoin, c'était un ami digne de confiance, il n'en avait absolument aucun doute.

Arrivé chez lui, il fut pris d'une envie irrésistible d'aller serrer Kim dans ses bras. ''Kimmy chérie! Tu es là mon amour?'' Le gémissement plaintif qu'il entendit comme réponse lui fit comprendre qu'elle était encore probablement entrain d'écouter du Céline Dion à tue-tête, les écouteurs sur les oreilles, essayant tant bien que mal de reproduire les phrasés de la chanteuse. Elle ne l'avait pas entendu. Avec un sourire en coin, il décida de la surprendre. Il s'approcha lentement de la salle qui lui servait de bureau. Elle était bien là, assise dos à lui, avec ses écouteurs quelque peu camouflés par ses grands cheveux blonds bouclés, devant l'ordinateur, connectée sur facebook. Il l'observa un moment, elle semblait regarder des photos. Mais sur les photos, c'était... Mon dieu c'était lui! Avec la strip-teaseuse!!! Quelqu'un avait déjà mis ça sur internet bien sûr. Son sourire tomba subitement et la nausée le reprit de plus belle. Il continua d'observer pendant que Kim, qui avait subitement cessé ses geignements, faisait défiler lentement les photos. Sur la dernière photo, on pouvait voir assez clairement Christian et la danseuse dans une position suggestive, s'embrassant d'une façon qui ne pourrait absolument pas passer pour un baiser amical! Christian s'appuya sur le cadre de porte, ravalant sa salive. Ce serait déjà trop pour Kim, il était foutu et il le savait. Les jambes molles, prêt à rendre les armes, il profita des quelques secondes qui lui restaient avant la tombée de la guillotine.

Il vit Kim, rageuse, enlever violemment ses écouteurs et empoigner le téléphone. ''Allo Michelle? Tu ne sais pas sur quoi je viens de tomber!... Oui tu as déjà vu ?... Je leur avais pourtant fait jurer de ne pas mettre ces photos sur facebook!... Mais non c'est moi! J'avais une perruque, j'étais déguisée!... Tu ne penses tout de même pas que j'aurais laissé les amis de Christian appeler une vraie strip-teaseuse quand-même!!!... Mais oui il m'a reconnue voyons, c'est évident!... OK je te rappelle plus tard bye''.


- Bien sûr que je t'avais reconnue Kimmy.


La jeune femme sursauta et se retourna.


- Oh tu as fini par te réveiller gros paresseux! Viens vite m'embrasser mon chéri.


Elle se leva et il s'approcha d'elle pour l'embrasser. Ensuite, il la serra dans ses bras, en espérant qu'elle ne sentirait pas toute la sueur qu'il y avait présentement sous sa chemise. Mais une minute: elle s'était déshabillée devant ses amis? Christian chassa vite cette pensée. Après tout quelle importance maintenant. Il sourit, souleva sa future femme et tourna sur lui-même. Sa nausée était disparue.

Le deuil


La vie est faite de cycles. Lorsqu'on observe les planètes, la lune, les saisons, la nature, la naissance et la mort, tout dans cette vie semble être prisonnier d'une perpétuelle boucle... Et nous en tant qu'humain on ne peut y échapper! Même dans les plus petits aspects de notre vie: la petite routine quotidienne ne manque pas de me rappeler souvent ''Le jour de la marmotte'', avec un petit sourire en coin. Je me demande d'ailleurs si ce sourire est vraiment le résultat d'une situation que je trouve cocasse, ou s'il ne serait pas plutôt le signe d'un début de folie, pour ne pas dire d'un ''pétage de plombs'' en règle. Tous les jours sont faits de petits recommencements et de petits deuils.


Mais les deuils qui nous affectent réellement sont certes ceux qui touchent les ''gros morceaux'' dans notre vie: rupture amoureuse, perte d'emploi, déménagement, et même perte d'un membre après un accident, d'une qualité de vie après une maladie, d'un être cher... Continuez la liste! C'est dans ces moments là qu'on trouve chacun les moyens de remonter la côte. En fait, on peut très facilement se convaincre qu'on trouvera un nouvel amour, une nouvelle job ou un logis qui nous convient mieux. Mais ce doit tellement être plus difficile dans le cas de quelqu'un qui a par exemple une maladie incurable, avec laquelle il doit vivre pour le reste de sa vie, ou quelqu'un qui doit traverser le deuil de son enfant décédé tragiquement.


Vous savez quoi? J'ai commencé ce texte parce que je vis présentement des deuils dans ma vie. J'ai eu trente ans, récemment célibataire après une relation de 9 ans, j'ai un nouvel emploi depuis à peine 2 ans, ce qui m'a amenée à déménager à Montréal après 28 ans dans la même région. En 2 ans, ça fait beaucoup de deuils à vivre. Mais je sais que je traverserai tout ça facilement. Je ne fais pas pitié du tout...

Je fais un pied-de-nez au jour de la marmotte! Si ma vie peut demeurer éternellement comme elle est présentement, j'en serai très heureuse finalement! :)